Le tout nouveau ministre de l’élevage de Guinée, Roger Patrick Milimono, en poste depuis début juin, entend se focaliser sur les questions fondamentales : améliorer les races locales pour accroître les rendements, former, informatiser notamment pour préparer l’avenir, mettre l’accent sur la réalité de terrain, c’est-à-dire les petites exploitations, les femmes et les jeunes, a-t-il expliqué mardi à CommodAfrica qui animait la table ronde avec les interprofessions françaises et africaines au Salon international des productions animales (Space) à Rennes, en France.


Rappelons qu’en Guinée, l’élevage est la deuxième activité du secteur rural après l’agriculture avec, selon les chiffres de 2016, 6 759 000 bovins, 2 380 000 ovins, 2 851 000 caprins, 130 000 porcins et 30 000 000 de volailles.

Vous venez de prendre vos fonctions en Guinée en tant que ministre de l’Elevage. Quels sont vos axes prioritaires pour cette fin d’année et pour 2019 ?

Dans notre stratégie, nous avons défini cinq axes prioritaires. Le premier est l’amélioration génétique de la race bovine. Ceci nous permettrait d’avoir des vaches plus résistantes, plus fortes et plus riches en viande et produisant plus de lait. Avec le biais de l’amélioration génétique, nous espérons que les vaches produisent au minimum six litres de lait par jour, même si elles ne sont pas bien nourries. Pour cela, nous avons deux projets. L’un, entièrement guinéen, initié par le Président de la République, a déjà commencé à être mis en œuvre et lors de la première expérimentation, nous avons obtenu un taux de réussite de l’ordre de 78%. Nous voulons maintenant vulgariser dans tout le pays. Notre second projet, avec le Maroc, qui va démarrer bientôt, permettra de booster davantage la production dans la filière bovine.

Notre deuxième axe prioritaire est dans la filière volailles. Il s’agit de mettre des couvoirs dans plusieurs préfectures conformément à la vision du président Alpha Condé qui voudrait développer le petit élevage. Ces couvoirs pourraient donner 120 poussins d’un jour par semaine et seraient mis à la disposition des femmes et des jeunes. Car nous avons en Guinée de grands projets d’élevage avicoles mais, en général, cela ne résout pas le problème des petits ménages, des femmes et des jeunes. C’est pourquoi nous voulons aussi développer le petit élevage de volailles afin qu’ils puissent en tirer un emploi et un revenu.

Le troisième axe est la filière porcine. Le Président a fait venir 445 porcs de la Côte d’Ivoire et les a mis gratuitement à la disposition des porciculteurs dans le sud-est de la Guinée, qui fait frontière avec la Côte d’Ivoire, le Liberia et la Sierra Leone. C’est une filière qui est en train de se développer. Nous visons  à améliorer la race locale qui donne beaucoup moins de porcins et beaucoup moins de chair, avec ces porcs importés qui donnent au minimum 12 à 15 porcins par portée.

La quatrième porte sur la filière laitière. Dans ce cadre, nous voudrions avoir une coopération très poussée avec la France. Il y a déjà eu des contacts au plus haut niveau, avant que je ne sois Ministre, et je vais rencontrer des professionnels ici au SPACE.

Le cinquième axe prioritaire de notre politique porte sur l’apiculture. Les experts ont confirmé qu’en Guinée, nous produisons le meilleur miel, bio d’Afrique de l’Ouest. Pour la petite histoire, le miel sénégalais est en grande partie du miel guinéen… Les Sénégalais viennent chez nous l’acheter ; ils le raffinent, le filtrent et le conditionnent mieux que nous. C’est pourquoi nous avons créé cette filière apicole avec d’ailleurs l’appui des Etats-Unis et d’autres bailleurs, dont la France.

Pour attirer les jeunes dans ce secteur de l’élevage, mettez-vous l’accent sur l’accès aux financements ou sur les nouvelles technologies  dont ils sont friands ?

Il faut lier les deux si nous voulons avoir demain des éleveurs compétitifs. Car rien ne sert à insérer des jeunes dans une filière si on ne leur donne que du financement et que leurs méthodes de production restent rudimentaires.

D’ailleurs, c’est un besoin à tous le niveaux de la filière élevage. Ainsi, j’hérite d’un département qui n’a même pas de service informatique réel. Je m’évertue à dire, et je l’ai dit à l’ambassadeur américain, à l’AFD, etc. que j’aimerais mettre en place un système d’information. A la Banque centrale, en tant que responsable du Schéma directeur du système d’information, j’ai fais mettre en place le nouveau système comptable avec Oracle E-Business Suite.

Dès mon arrivvée au ministère de l’Elevage, j’ai demandé à informatiser le secteur. Car, il est important de réaliser que nous sommes en train d’améliorer génétiquement la race et que, d’ici 3 ans, si nous réussissons à réaliser nos objectifs, on aura plusieurs milliers de veaux provenant de cette amélioration génétique. Ainsi, dans trois ans, ces veaux se retrouveront à l’abattoir et la viande sera mise à la disposition du consommateur guinéen et étranger. Or, pour cela, il faudra pour chaque veau “une fiche de traçabilité”, des indications sur sa mère, son géniteur, la provenance de la semence, dans quelles conditions il est né, s’il était bien portant, etc., donc toutes les informations jusqu’au jour de son abattage. Dès l’instant où, sur le marché international, on verra que la viande guinéenne est traçable et saine, on pourra doper nos exportations de viande dans la sous-région et au-delà.

J’entends aussi changer d’approche en matière d’élevage. J’ai en projet un Centre national d’étude de l’élevage où travailleraient de concert des zootechniciens, des vétérinaires mais aussi des économistes, des sociologues, des anthropologues.

Pour ce faire, avez-vous envie de capter, entre autres, les financements de la diaspora guinéenne en France et travailler avec eux?

Oui et le pays veut le faire de façon générale. Nous avons d’ailleurs un ministère des Affaires étrangères et des Guinéens de l’extérieur.

En tant que Ministre de l’Elevage, ce serait la bienvenue s’ils s’investissaient dans ce secteur car il existe de nombreuses opportunités à saisir. Notre secteur est vierge. On peut, par exemple, créer une mini industrie de la viande porcine et développer la filière charcuterie. D’ailleurs, les porciculteurs demandent à l’Etat de trouver des partenaires qui viendront investir, et pourquoi pas donc les Guinéens issus de la diaspora.

 

 

 

 

 

commodafrica

Plus d'articles Connexes