Le service mobile M-Makiti renseigne, au jour le jour, paysans et consommateurs sur le cours des produits agricoles de grande consommation ou les semences en Guinée. Épaulés par Orange, et accompagnés par le gouvernement, ses cofondateurs Mamadou Bah et Thiam Oumar, débordent de projets.

« Quand je bute à un problème que moi ou d’autres personnes vivent, j’imagine une solution que je matérialise par des applications », explique Mamadou Bah, 30 ans, cofondateur avec Thiam Oumar (30 ans également) de Banki Groupe.

Les deux associés se sont rencontrés en 2014 à la Bluezone de Kaloum, un de ces cinq centres de loisirs et d’incubation implantés par Vincent Bolloré dans les environs immédiats de la capitale guinéenne. Mamadou Bah, Guinéen né à Dakar et rentré au pays au début des années 2000, venait d’être diplômé en Méthodes informatiques appliquées à la gestion des entreprises (MIAGE) par l‘université Kofi-Annan, première faculté privée de Guinée. Thiam Oumar, lui, est originaire de Kankan, capitale régionale de la Haute-Guinée (à plus de 600 km à l’est de Conakry) située à près de 700 km à l’est de la Guinée, et a étudié le droit des affaires de l’École supérieure privée des études juridiques et économiques de Mohammedia, au Maroc.

Avec son jeune groupe, le duo est sur tous les fronts : il y a Banki Technology, qui a notamment créé le portail Djoliba, rebaptisée Guinée université plateforme d’orientation en ligne (Gupol), pour permettre aux futurs étudiants de s’inscrire à distance dans leur filière ; Banki Trans, dédiée aux déplacements urbains  ; et enfin Banki Agro invest, support du service mobile M-Makiti, qui renseigne, au jour le jour, vendeurs et acheteurs, paysans et consommateurs, sur le cours des produits agricoles de grande consommation ou les semences en Guinée.

Prix Orange Developer Challenge et 2e Prix de l’entrepreneur social en Guinée

M-Makiti – dont le nom vient du mot soussou Makiti (marché) – a vu le jour en avril dernier, en partie grâce au soutien de l’opérateur Orange Guinée, qui lui a octroyé en 2015 son prix Orange Developer Challenge (1 000 euros) et en 2016 le deuxième Prix de l’entrepreneur social (1 500 euros). Les deux associés indiquent avoir eux-même investi plus de 15 000 euros dans le projet qui essaie de résoudre une problématique sociale cruciale : « On s’est rendu compte que les paysans en particulier souffraient énormément. Ils produisent en grande quantité, et parfois ils sont obligés d’écouler leurs produits à perte pour éviter qu’ils pourrissent, faute de moyen de conservation. »

Pour mettre en relation consommateurs et producteurs et faciliter la commercialisation des produits, Thiam Oumar et Mamadou Bah ont conçu dans un premier temps un site web avant de réaliser que « la plupart des paysans ne disposent pas de smartphone ou de tablette et n’ont pas facilement accès à internet ». Ils en concluent doit pouvoir se passer d’internet.

Pour consulter les prix pratiqués dans marchés couverts par M-Makiti à travers le territoire national guinéen (26 début juin, soit près d’un marché par ville, sur environ 700 marchés répertoriés à travers le pays), il suffit de composer *113# – comme pour consulter son solde – à partir de n’importe quel téléphone contenant une carte sim Orange et de faire son choix en suivant les instructions.

Dégager la tendance du jour

Le client souscrit à un abonnement journalier, hebdomadaire, ou mensuel, pour respectivement 200 ; 600 et 2 000 francs guinéens (2, 6 ou 19 centimes d’euro), sur lesquels montants 30 % reviennent à la société partenaire Orange, leader de la téléphonie en Guinée avec plus de six millions d’abonnés. Il peut également souscrire à des notifications de mise en relation avec le vendeur ou l’acheteur d’un produit déterminé.

Pour recueillir les informations diffusées, M-Makiti recourt à des prestataires locaux – 25 actuellement – qui sillonnent les différents marchés pour relever les prix – qui peuvent varier énormément d’une région à l’autre, n’étant pas régulés. Ces agents, rémunérés entre 50 et 150 euros par mois, confrontent différents prix d’un même produit pour dégager la tendance du jour suivant une méthode de calcul déterminée. « C’est un travail très complexe, parce que souvent les commerçants sont réticents à communiquer leurs prix, constate Mamadou Bah. Parfois, nous sommes même obligés d’acheter le produit pour connaître son prix. »

Deux nouvelles applications en développement

Après quelques semaines d’existence, M-Makiti a attiré plus de 10 000 abonnés, indique Mamadou Bah, qui rapporte cependant quelques difficultés dans l’approches de ses prospects : « Nous devons vulgariser pour faire comprendre notre projet à agriculteurs qui sont souvent illettrés, mais nous bénéficions d’un soutien appréciable du ministère de l’Agriculture, de la Présidence, de la Confédération nationale des organisations paysannes de Guinée et de l’incubateur Saboutech ». L’entrepreneur songe à  créer un centre d’appels pour véhiculer dans les différentes langues les mêmes informations disponibles en USSD.

Les deux associés ne comptent pas s’arrêter à M-Makiti. Banki Groupe travaille actuellement, via Banki Technology, sur une application attendue pour la fin du mois de juillet, destinée à faciliter l’accès via Google Play Store à des programmes de la Radio télévision guinéenne (RTG la télé publique) pour les Guinéens de la diaspora. Quant à Banki Trans, elle planche une solution pour faciliter la mobilité des usagers de la route à Conakry, une capitale saturée par les embouteillages…Une solution que les concepteurs s’abstiennent de détailler à ce stade.

 

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