JP Duhamel, PDG de la SIA : € 12 millions d’investissements en Afrique en deux ans

Une usine de lait en Côte d’Ivoire avec des bouteilles en produits dérivés de la SIR, une usine de crèmes glacées, une usine de yaourt au Mali, une de margarine en Angola…. La SIA (Société d’étude et de vente de matériel pour l’industrie alimentaire), qui a son siège en France, en Normandie, surfe sur la montée en puissance d’une nouvelle génération d’importateurs en Afrique qui se disent : au lieu d’importer, pourquoi ne pas produire ? Et de passer des contrats de construction d’usines agroindustrielles.

Où en est votre projet d’usine de lait en Côte d’Ivoire ?

Le contrat est signé et en cours de réalisation. Il s’agit d’une usine qui va faire du lait stérilisé à base de lait reconstitué avec de l’eau et de la poudre. Il sera ensuite stérilisé et conditionné en bouteille PEHD, les bouteilles blanches. On fabrique la bouteille sur place, à partir de billes de PEHD provenant de la raffinerie, la SIR ; c’est un sous-produit du pétrole.

Cela se fait déjà pour d’autres usines agroalimentaires ?

Non, c’est spécifique à cette opération ci. Cela fait partie du projet d’investissement et de ce que l’on construit. On part des granulés, on fabrique les bouteilles mais on ne fabrique pas les bouchons qu’on achète.

Avez-vous d’autres projets en cours en Afrique de l’Ouest et dans le reste de l’Afrique ?

Toujours en Côte d’Ivoire, nous montons aussi une usine de crème glacée, mais pas comme celle qui existe déjà et qui avait été réalisée il y a de nombreuses années. Il s’agit d’une usine de produits de luxe, en quelque sorte, car il s’agit de faire des Eskimos. Il s’agit d’un marché pour des consommateurs qui ont déjà quelques moyens, essentiellement urbains.

Au total, sur la Côte d’Ivoire, il s’agit d’investissements de l’ordre de € 3,5 millions.

A Bamako, nous commençons le montage d’une usine de production de yaourt. Le matériel a déjà été livré à Abidjan et notre équipe de montage est montée à Bamako depuis Abidjan.

En Angola, nous montons à Luanda une usine qui va produire 5 tonnes/heure (t/h) de margarine, soit 50 t par jour. Ce sera la première usine de margarine en Angola et nous avons en commande avec un autre client une seconde, qui fera aussi 5 t/h et  qui sera mise en route dans 6 mois. Celle-ci sera à Lobito. Cela devrait couvrir les besoins du pays qui, jusque là, importait sa margarine, et ils devraient aussi exporter en RD Congo.

On assiste à un dynamisme des investissements agroindustriels en Afrique. Quel en est, selon vous, le facteur déclencheur?

Si vous regardez le marché en Angola -et cela est vrai de l’Afrique en général- l’agroalimentaire n’est pas très développé. Jusqu’à présent, les pays sont plutôt de gros importateurs et d’ailleurs, de façon générale, nos clients sont des importateurs. Par exemple, les clients avec lesquels nous avons traité ce marché en Angola importaient une quinzaine de conteneurs par jour de margarine et de produits alimentaires en général et ont décidé de se lancer dans la production. Car les importateurs ont le réseau de distribution, ils ont le marché puisqu’ils importent depuis des dizaines d’années. Un jour, ils se disent : je vais arrêter d’importer, je vais fabriquer.

Ce sont en général de gros investissements, allant de € 1,5 à € 4 millions. En Angola, on aura fait deux usines de margarine, une de mayonnaise, une de lait concentré sucré et une de lait en brique UHT, soit un investissement de € 12 millions en deux ans.

Ressentez-vous un tournant en Afrique, dans votre domaine ?

Je ne connais que l’agroalimentaire. Et l’agroalimentaire, c’est un triptyque : production, transformation, distribution. Si un des trois éléments n’est pas là, ça ne marche pas. Si vous produisez et vous n’avez pas d’usine de transformation, les produits pourrissent au bout du champs. C’est le cas de l’Afrique. Si vous avez la distribution mais vous n’avez pas la transformation, vous importez des produits. Ici encore, c’est  le cas de l’Afrique.

Il manque à l’Afrique la transformation et la production. Car, en Afrique, chacun a son lopin de terre et produit dans son coin. Il n’a pas encore franchi le pas de s’associer avec son voisin pour avoir un volume de production suffisant qui peut justifier la transformation.

Mais je pense qu’il faut commencer par la transformation. Si vous créez une usine de n’importe quel produit, mettons de tomates, dès qu’elle va tourner, immédiatement, certains se diront : je peux produire et vendre à l’usine. C’est l’usine qui va attirer les producteurs. Pierre Castel, pour approvisionner ses brasseries, cultive du maïs au lieu de l’importer. En Côte d’Ivoire, Houphouêt-Boigny  a organisé toute la filière cacao : pendant longtemps, les gens ont produit du cacao et l’ont exporté, sans aucune valeur ajoutée. Depuis, vous avez des usines qui se  sont mises dans la transformation comme Cemoi, Cacao Barry, etc. Cemoi va jusqu’au chocolat.

Mais le taux d’utilisation des usines est encore faible…

Tout à fait. Mais, vous savez, la Suisse du chocolat ne s’est pas faite en un jour et il faut le temps. En Afrique, on est passé de la culture du commerce à des jeunes qui ont 40 ou 50 ans, qui sont la deuxième génération, qui récupèrent le commerce des parents, qui ont fait leurs études en Europe ou aux Etats-Unis, et qui commencent à avoir cette culture industrielle qui est une culture spéciale.

 

 

 

Commodafrica

 

 

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