Au Sénégal, environ 60% de la population a moins de 25 ans. Au vu de la croissance rapide de la population, en 2025, les jeunes demandeurs d’emploi atteindront 11 millions. De surcroit, chaque année, environ 300 000 nouveaux actifs arrivent sur le marché du travail. Ces chiffres traduisent le défi gigantesque qui engage le gouvernement sénégalais dans l’épineux problème de l’emploi qui apparait, dans chaque régime présidentiel, comme un vieux serpent de mer. Les intentions de campagne, qui consistent à octroyer le maximum de travail aux jeunes, sont parfois dépassées par la réalité des faits. Une situation qui est de plus en plus palpable dans les zones rurales où le niveau de pauvreté est le plus élevé.

Et pourtant, cette croissance démographique, loin d’être un obstacle, pourrait devenir une force de développement si seulement elle est bien utilisée. Dans un pays où la majorité des personnes vivent de l’agriculture, ce secteur constitue une opportunité pour absorber le taux de chômage plus qu’élevé, il est inquiétant. En effet, les personnes peu scolarisées, c’est à dire celles qui n’ont pas achevé le cycle primaire, constituent 60% des demandeurs d’emploi. En générale, elles sont réparties dans des zones propices à l’agriculture et à l’élevage. Ces données ne sont pas antinomiques au secteur agricole qui a le plus besoin de jeunes et de femmes actifs et que le Sénégal ne manque guère. La promotion des Domaines Agricoles Communautaires (DAC) par le gouvernement sénégalais, un programme qui consiste à aménager 30 000 ha aménagés, avec une projection de création de plus de 150 000 emplois directs et indirects dans les cinq prochaines années, est une belle illustration pour établir une corrélation entre l’agriculture et l’emploi. Mais, ces DAC doivent être multipliées pour qu’ils soient en adéquation avec le nombre de régions pour non seulement rompre avec la culture saisonnière, mais aussi permettre une meilleure valorisation de l’agriculture comme étant un secteur qui peut créer, pour les jeunes et les femmes, des activités créatrices de revenu même pour ceux qui vivent dans les villes.

Dès lors que l’agriculture est un véritable moyen pour faire face au chômage des jeunes, il urge aujourd’hui d’insister sur la formation agronome surtout dans les universités afin que la formation soit adéquate à la demande du marché de travail qui laisse une large part au secteur agronome.  Pour cela, l’Université El Hadj Ibrahima Niass de Kaolack à vocation agricole peut être une opportunité pour mieux impliquer, non pas ceux qui savent lire et écrire, mais surtout les producteurs qui s’activent dans l’agriculture depuis des lustres dans la formation des filières agricoles de l’avenir. L’agriculture a besoin de modernisation mais également de référence comme la laiterie du berger créée par Bagoré Bathily qui emploie cent cinquante collaborateurs. Il travaille également avec cent prestataires de services et huit cent éleveurs fournisseurs de lait. De même que dans la vallée du fleuve Sénégal, des femmes s’organisent en des associations de décortiqueuse ou de productrices de riz comme Korkarice

Face aux drames tragiques des milliers de jeunes qui meurent dans la Méditerranée pour la recherche d’une vie meilleure ; à ce regain de violence que le chômage endémique est loin de résorber ; à l’angoisse existentielle des jeunes et des femmes laissés seuls face à leur destin pour ceux qui n’arrivent pas encore à sortir de leur quotidien…l’espoir nous est si proche et pourtant si négligé : les champs.

 

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