En dépit de l’immense potentiel agricole dont dispose l’Afrique, la plupart des pays du continent négligent leurs agriculteurs. D’autres, comme le Maroc et le Rwanda, démontrent par la preuve qu’une autre agriculture est possible, plus performante et plus respectueuse du monde rural. Des exemples dont devraient s’inspirer les Etats africains.


L’agriculture et la sécurité alimentaire sont les deux grands défis du continent africain…et de la planète. En 2050, la production agricole mondiale devra augmenter de 70% pour subvenir aux besoins dès quelque 9,1 milliards d’humains, selon l’organisation de l’ONU pour l’Alimentation et l’agriculture (FAO). Une aubaine pour l’Afrique et ses 600 millions d’hectares de terres arables non cultivées, qui représentent environ 65% des surfaces mondiales disponibles.

L’agriculture et les agriculteurs font la richesse de l’Afrique. Le secteur pèse pour 25 % du PIB du continent, et les petits exploitants représentent six emplois sur dix, tout en assurant la subsistance de sept Africains sur dix ; en 2016, la population agricole du continent était estimée à plus de 530 millions de personnes, un chiffre qui devrait culminer à 580 millions d’ici à 2020. Par ailleurs, 75 % de la nourriture produite en Afrique provient d’exploitations de moins de 20 hectares.

Des difficultés à surmonter, des défis à relever

Ressources, terrains, main-d’œuvre : l’Afrique a donc toutes les cartes en mains pour devenir le grenier à grains de la planète ; sur le papier, du moins, le continent continuant d’importer l’équivalent de 50 milliards de dollars de nourriture chaque année. Car il y a loin des effets d’annonce scandés lors de conférences internationales aux initiatives et actions concrètes. En 2003, pas moins de 53 pays africains s’étaient engagés, lors du sommet de Maputo, au Mozambique, à consacrer au moins 10 % de leur budget national à l’agriculture. Dix ans plus tard, seuls 10 % de ces mêmes pays avaient respecté leur engagement.

Les agriculteurs africains font face à d’immenses difficultés, et à autant de défis. La première de ces difficultés est, comme on vient de le voir, le manque criant de financements, qu’ils soient publics ou privés. Sans financements, pas d’accès aux nouvelles technologies et aux opportunités qu’elles offrent, pas d’industrialisation du secteur, pas de passage à une agriculture africaine pleinement moderne et commerciale, à même de transformer l’Afrique et les conditions de vie des Africains, à même d’être compétitive sur le marché international.

La seconde difficulté, intimement liée à la première, est celle du manque de considération accordée au secteur par les Etats africains. Vivant des vies précaires, exerçant un métier perçu comme archaïque et improductif, les petits agriculteurs africains peinent le plus souvent à nourrir leur propre famille et, par extension, leurs communautés. Comme le dit Joseph Owona Kono, député camerounais, la vie d’un agriculteur ressemble pourtant en tout point à celle d’un entrepreneur. Et d’appeler à « un changement radical de la perception des agriculteurs » africains.

Les défis posés à l’agriculture africaine sont, eux aussi, nombreux : accroître la productivité et la valeur ajoutée, investir dans les infrastructures modernes en zones rurales, instaurer un environnement favorable à l’agro-industrie, réformer le cadastre et le droit foncier, faciliter l’accès au crédit, particulièrement pour les petits exploitants et, encore et toujours, augmenter les investissements privés comme publics. Si ces défis sont relevés, les marchés de l’agriculture et de l’agroalimentaire en Afrique pourraient dépasser 1 000 milliards de dollars à l’horizon 2030.

Le Maroc et le Rwanda, des exemples pour le continent

L’espoir existe, donc, et certains pays pionniers n’ont pas attendu pour montrer la voie à suivre. C’est notamment le cas du Maroc. Depuis 2008, et le lancement par le gouvernement du Plan Maroc Vert élaboré sous la direction du ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime et du Développement rural, Aziz Akhannouch, la production agricole marocaine a bondi de 40 %. Tous les secteurs sont concernés par cette hausse, grâce à l’appel massif aux investissements privés. D’ici à 2020, les actions du Plan Maroc Vert devraient permettre de doubler les revenus de l’agriculture. La part du secteur dans le PIB du royaume devrait même dépasser les 15 % à cette même date. En attendant, Aziz Akhannouch a bien l’intention de faire du Maroc un modèle en matière d’agriculture afin que celui-ci diffuse ses bonnes pratiques à ses voisins. Lire la suite

 

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