A l’instar de nombreuses villes africaines, Dakar, capitale du Sénégal, est confrontée au phénomène d’urbanisation croissante. L’une des causes principales de ce phénomène reste l’exode rural. Considéré comme le dépeuplement des campagnes au profit des grandes villes, ce flux migratoire présente des conséquences économiques non négligeables. En effet, elle participe à l’affaiblissement de l’agriculture car les paysans, une fois dans les grandes villes, ne peuvent plus exercer cette activité qu’ils maitrisent plus que tout. C’est ainsi qu’ils la délaissent généralement au profit de petits commerces. Devant cette situation néfaste pour le secteur agricole, il urge de répondre aux problématiques suivantes : Comment permettre aux paysans d’exercer une activité agricole dans les villes ? Dans quelle mesure l’exode rural, loin de saper l’économie du pays, pourrait contribuer à une meilleure sécurité alimentaire dans le milieu urbain ?


Face au pouvoir d’achat extrêmement bas, au chômage, au sous-emploi, à la pauvreté, une frange importante de la population urbaine issue des campagnes se trouve presque dans l’obligation d’inventer de nouvelles solutions pour s’assurer un revenu à partir de l’agriculture. C’est ainsi qu’apparaît le phénomène d’agriculture urbaine et périurbaine. L’agriculture urbaine et périurbaine est une forme émergente de pratiques agricoles effectuées en ville. Elle se pratique en parcelles partagées ou en jardins individuels et/ou collectifs et parfois sur des terrasses ou toitures. Selon la structure de la ville, Elle peut être basée aussi dans les bas-fonds marécageux, le bas des pentes, les abords des routes avec une forte pression sur l’espace. Cette nouvelle pratique agricole permet différentes productions d’intérêt économique local (légumes, fruits, champignons, …) sur des territoires urbains ou périurbains. Bref, les cultures sont diversifiées et sont à dominance maraîchère, vivrière et floricole. L’agriculture périurbaine participe dès lors à un enrichissement de la ville en biodiversités. En outre, cette forme d’agriculture contribue à la résorption du chômage en même temps qu’elle participe à la modernisation des villes. Toutes les catégories de la population urbaine, en dehors même de celles issues des campagnes, peuvent s’adonner à cette pratique agricole. Dans cette perspective, un grand nombre de jeunes et de surtout de femmes peuvent s’y lancer en tant qu’acteurs et producteurs.

Par ailleurs, l’agriculture urbaine et périurbaine se présente comme une meilleure alternative à l’insécurité alimentaire. Le terme de sécurité alimentaire fut avancé pour la première fois lors de la conférence mondiale sur l’alimentation de 1974, à la suite de la crise  majeure du système alimentaire mondial des années 70. Aujourd’hui, la question de la sécurité alimentaire reste au cœur des préoccupations du Sénégal. La plupart des enquêtes menées sur l’approvisionnement des ménages montrent que les besoins nutritionnels d’une fraction importante de la population ne sont pas satisfaits. La demande en produits alimentaires ne cesse d’augmenter alors que l’offre ne connaît pas une hausse significative. Or, voilà une situation à laquelle l’agriculture urbaine et périurbaine pourrait remédier assurément.  Selon le Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale, « La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active ». Cette définition de la sécurité alimentaire ne peut être conçue que lorsque chaque citoyen exerce une activité agricole dans son environnement immédiat. Dans le cas de la ville, l’agriculture urbaine reste l’option la plus fructueuse. C’est dans cette même perspective d’ailleurs que l’agriculture urbaine et périurbaine est l’une des solutions proposées par l’ONU (organisation des nations unies)  et la FAO (Food and Agriculture Organization) pour faire face aux besoins de sécurité alimentaire. Dans les pays en voie de développement, non seulement cette nouvelle pratique agricole permet une meilleure insertion, dans les villes, des migrants issus des campagnes dans le secteur de l’agriculture mais aussi,  elle contribue à l’atteinte d’un objectif majeur que le Sénégal s’est fixé : la sécurité alimentaire pour tous.

Face à de tels enjeux économiques, il importe de former davantage les populations des villes et de mettre à la disposition de cette filière en plein développement, des experts capables d’appréhender les bénéfices économiques et sociaux de l’agriculture en ville et en périphérie urbaine. L’objectif principal étant de mobiliser les savoirs et savoir-faire afin d’élaborer et de gérer les projets incluant cette agriculture urbaine et périurbaine tout en respectant les contraintes techniques, sociologiques et législatives. Bien que les initiatives d’agriculture urbaine et périurbaine semblent en plein essor au niveau mondial, (700 millions de citadins usagers selon les rapports de la FAO), toutefois, dans les villes en voie de développement comme Dakar, ces initiatives manquent encore de structuration. En dehors du fait qu’aucun cadre juridique et règlementaire lié à l’exercice de cette fonction n’est disponible, de nombreuses contraintes dues à l’organisation des producteurs, aux pratiques, à la structuration et à la mise en marché des produits persistent toujours.

 

Auteur : Moussa sy

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