Pendant plusieurs décennies, d’innombrables habitants des zones rurales d’Afrique ont rejoint les centres urbains, attirés par la perspective d’une vie meilleure. Dans la région sénégalaise de Fouladou, une initiative locale qui vise à améliorer la viabilité de l’agriculture tente d’inverser cette tendance, en mettant l’accent sur les semences.

Lamine Biaye, vétéran du Mouvement des paysans sénégalais aujourd’hui âgé de plus de 70 ans, est le fondateur et président de l’Association sénégalaise des producteurs de semences paysannes (ASPSP). Cette organisation s’appuie sur les connaissances locales et les systèmes d’échange pour dynamiser la biodiversité et améliorer la production de semences.

Après avoir mis en place des projets destinés à des groupes de femmes dans différentes régions du Sénégal, M. Biaye se concentre aujourd’hui sur la région de Fouladou, en Haute-Casamance. Il y a cinq ans de cela, il s’est installé dans le village de Djimini et a créé une ferme pédagogique spécialisée dans la production de semences et les techniques de maraîchage. Environ 350 femmes originaires d’une dizaine de villages de la région bénéficient actuellement des programmes de formation proposés par la ferme.

« C’est avant tout une question économique », a dit M. Biaye à IRIN. « Il y a beaucoup d’argent en jeu [dans les semences agricoles]. Nous savons que les multinationales ne facilitent pas les choses ».

Fatou Diallo, qui est à la tête d’un groupe d’agricultrices à Djimini, a loué le travail accompli par l’ASPSP. « Cette formation est arrivée au bon moment. Jamais nous n’aurions cru pouvoir produire nos propres semences un jour », a-t-elle dit. « Nous avons fait un grand pas en avant. L’ASPSP nous a retiré une énorme épine du pied, car l’achat de semences représentait une grosse partie de nos dépenses. Aujourd’hui, nous sommes mieux préparées pour produire plus d’oignons et les vendre à nos voisins qui ne maitrisent pas encore la technique pour produire des semences d’oignon, qui sont très chères ici ».

La ferme de M. Biaye produit également des semences de riz — aliment de base au Sénégal — qu’elle fournit aux agriculteurs de la région. Une fois que ces agriculteurs ont récolté le riz, ils rendent la quantité de semences qui leur avait été donnée à la banque de semences, majorée de 25 pour cent ; ces semences sont stockées et chaque agriculteur pourra les utiliser ultérieurement. Cela veut dire que, tous les deux ans, les producteurs de riz qui participent au programme ont suffisamment de semences pour être autonomes.

Deux fois par an, Djimini organise une foire des semences qui attire des visiteurs de tout le Sénégal et même des pays voisins. Lors de ces évènements, les participants échangent non seulement des semences, mais aussi des astuces sur les meilleures pratiques agricoles. La foire représente également l’opportunité de vendre les produits des jardins maraîchers et de créer des liens entre les associations locales.

Issa Mballo, 23 ans, a fait beaucoup de chemin pour trouver du travail — la Gambie, puis la Guinée-Bissau, ainsi que plusieurs autres régions du Sénégal — avant de rentrer chez lui à Djimini en 2013. À la fin de la dernière saison agricole, il a récolté 35 sacs de 50 kilos d’arachides, ainsi que de l’oseille, du gombo et des oignons cultivés dans le petit jardin maraîcher de sa famille. « C’est bien. Je pense que je peux réussir ici. Le sol est très fertile, alors on peut faire plusieurs récoltes sans avoir à utiliser d’engrais et de pesticides industriels », a-t-il dit à IRIN.

Selon le chef du village de Djimini, Oumar Sylla, les dernières formations proposées aux femmes du village dans le domaine des techniques d’agriculture biologique ont eu des retombées importantes. « Avant, nos femmes allaient au marché de [la ville voisine de] Velingara pour acheter diverses denrées alimentaires. Ce temps-là est révolu, et le mérite en revient à nos invités », a-t-il dit. Il a ajouté que, ces dernières années, la hausse des demandes de parcelles — qui ne peuvent pas toutes être satisfaites — prouve que son village va de mieux en mieux.

Source : afrik.com

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