Sur les traces de son vénéré père, Serigne Cheikh Saliou Mbacké ne saute aucun pas. Il porte son nom et assume avec discrétion les valeurs que le 5e khalife des mourides a majestueusement répandu durant son règne : le travail et la vénération de Dieu.

On entend moins ses paroles que ses actions qu’il mène afin de perpétuer le legs de Serigne Saliou Mbacké. La culture de  la terre et l’enseignement du coran, deux piliers auxquels Serigne Cheikh Saliou Mbacké imprime toute son existence. Son attachement pour l’agriculture, Serigne Cheikh Saliou Mbacké le construit lentement mais surement sous l’ombre de son défunt père qui a su, grâce à son ingéniosité,  dénicher en 1991 un trésor économique et religieux du nom de Khelcom. Une vaste forêt de 73 000 hectares, déclassée en 1977 et cachée dans la région de Kaffrine, qui s’est révélée au grand public quand le gouvernement d’Abdou Diouf acquiert à Serigne Saliou Mbacké une superficie de 45 000 hectares. Commence alors une entreprise dont beaucoup connaissent son commencement mais pas son aboutissement, encore moins ses rendements.

A Khelcom, l’appel pour les travaux champetres se fait généralement pendant le mois d’octobre, sous la forme d’un « ndigueul » ou consigne de Serigne Saliou Mbacké durant son magistère et qui est aujourd’hui perpétué par son fils, Serigne Cheikh Saliou Mabcké. Une mobilisation annuelle au premier rang duquel figure l’homme d’affaires Cheikh Amar, le « dieuwrigne des récoltes » comme on le surnomme et qui est le directeur général du Tracto Service Equipement (TSE), une entreprise spécialisée dans la fourniture, la distribution et le service aprés vente des matériels agricoles. Ansi, pendant les récoltes, le représentant exclusif de Massey Ferguson (MF) au Sénégal ne lésine pas sur les moyens techniques comme financiers. Des tracteurs MF, ainsi que des tracteurs FRAMTRAC sont mobilisés permettant aux fidèles, venant de toutes les couches sociales, de terminer les récoltes en  un temps record (24h ou 48 h) sur des superficies qui peuvent atteindre les 2000 hectares.  Des tonnes d’arachide, de mil, de mais, de niébé, de sésame…sont récoltées dans cette partie centrale du pays grace à la dévotion des milliers de fidèles qui défient la forte chaleur en cette période de canicule, faisant de cette zone un lieu de pèlerinage où la voie qui mène à Dieu se trace sur le chemin des travaux champêtres. Hommes, femmes, enfants, d’aucuns habitués aux travaux des champs, d’autres jamais, mais tous imbus d’une tache noble qui est de servir leur guide spirituel en donnant comme sacrifice leur énergie et leur force du travail. Une approche pédagogique qui construit un pont entre la religion et le travail. N’est-elle pas toujours d’actualité de nos jours où l’actuel khalife des mourides ne cesse de rappeler aux sénégalais de retourner dans les champs ?

              

Serigne Cheikh Saliou a longtemps entendu cet appel. Après la disparition de son père le 28 décembre 2007, il a pris la relève et Khelcom ne cesse d’accroitre son influence en nombre de personnes. Mais surtout ses rendements dans la production de mil sont de plus en plus importants et atteignent plus 10 000 tonnes par année.

À Darou Khoudoss, Touba Khelcom et Darou Salam, les trois champs qu’il a hérités de son père, l’agriculture se conjugue toujours avec l’enseignement du coran.  Ses champs n’ont pas seulement pour mission la recherche du profit, l’appétit du gain ou encore la course aux chiffres. Mais ce sont des lieux d’initiation, de formation, mais surtout de transmission des valeurs qui fondent l’homme et construisent sa foi dans la religion musulmane. Nombreuses sont les personnalités qui se sont forgées dans les « daaras » de Khelcom.

                                       

Aujourd’hui, Khelcom constitue un vivier agronome qui inscrit l’engagement religieux sur la voie du développement. Les récoltes pour cette année sont prévues le 7 octobre prochain avec un parfum de mobilisation qui exprime jusqu’à maintenant la détermination des fidèles à répondre positivement au « ndigueul » de leur guide spirituel, Serigne Cheikh Saliou Mbacké. En sa balance, l’adoration de Dieu et celle du travail sont un.

Papa Alioune Sarr.

 

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