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« Il faut aller vers l’aquaculture qui est la seule alternative à la raréfaction des ressources halieutiques », disait Maguette Bâ, DG de l’Agence nationale de l’aquaculture (ANA). Il est vrai que, dû à une forte pression, les ressources précitées se font de plus en plus rares. Seulement, l’aquaculture tant clamée comme solution se présente comme une menace sur la ressource et sur l’environnement. Mais, heureusement qu’elle est forte de ses faiblesses.
Dans une logique de préserver les ressources halieutiques, le Sénégal a mis en place depuis 2006 une agence nationale de l’aquaculture. L’objectif, initier les personnes qui le veulent à la pratique de l’aquaculture qui est la culture ou l’élevage en milieu aquatique. Principalement, au Sénégal, on pratique la pisciculture ou l’élevage des poissons, la mytiliculture ou élevage des moules, ostréiculture ou l’élevage des huitres, la crevetticulture ou élevage des crevettes et l’algoculture ou la culture des algues. A l’heure actuelle, dans la pisciculture, seules deux espèces sont notées : le poisson chat et le tilapia.
En 2013, l’aquaculture représentait 1,8 % du PIB du pays, selon l’Agence nationale de l’aquaculture. Une contribution non négligeable qui a favorisé la mise en place d’un plan national de l’aquaculture. Le Plan stratégique de développement de l’aquaculture (PSDA), adopté en 2016 sur un horizon temporel de 5 ans (2017-2021) vise à augmenter la contribution de l’aquaculture à la sécurisation alimentaire mais aussi à la lutte contre le chômage.
L’aquaculture en soi n’est pas une nouveauté au Sénégal. A en croire Ndeye Kébé, licenciée en aquaculture à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, dans le sud du pays, plus précisément en Casamance, les populations avaient tendance, pendant la période des pluies, de creuser des puits pour y recueillir les poissons qu’ils élevaient pour leur utilisation quotidienne.
Cependant, plus la production aquacole est énorme plus les dégâts environnementaux le seront aussi.
Des poissons pour la nourriture d’autres poissons
Dans l’aquaculture moderne, la nourriture servie aux poissons est le premier inconvénient du dispositif. Principalement composée de matières protidiques, la substance est produite avec de la farine ou de l’huile de poisson en plus de l’adjonction d’autres ingrédients. Ainsi donc, ce qui semblait être une solution pour préserver la ressource se dresse en menace contre celle-ci. Action que reconnait Pape Daouda Aidara, technicien aquacole à l’ANA et chargé de la supervision des fermes de Dakar et de Thiès. Quoiqu’il souligne que la quantité de substance poissonneuse nécessaire pour la formulation des aliments n’est pas si importante, M. Aidara est conscient qu’une alternative serait mieux pour la préservation de la ressource qui s’amenuise de plus en plus. A cet effet, «L’Ana est dans une logique d’élaboration d’une solution par rapport à l’alimentation des fermes piscicoles. Ainsi, des matières premières végétales comme le soja ou le tournesol sont de plus en plus favorisées », fait savoir le technicien aquacole.
Pour appuyer ces idées, Ndeye Kébé croit à une possibilité de concevoir des aliments qui ne comportent aucuns produits chimiques. « Nous avons appris, et même l’Ana le fait, à fabriquer de la nourriture pour poisson avec seulement des matières végétales comme le moringa qui est très riche en protéine », fait-elle savoir. Mais elle précise : « Seulement, il faudra prendre en compte les besoins des sujets qui varient selon les étapes de leur croissance ».
Le tableau ci-dessus montre l’évolution des ingrédients dans la composition de l’alimentation du saumon en Norvège. Au fil des ans, la quantité de substance poissonneuse connait une baisse considérable.
Des rejets anti-écologiques
L’autre grief collé à la pratique de l’aquaculture, plus particulièrement à la pisciculture, est sans doute les rejets d’eau dans l’environnement. Ces rejets qui sont fréquents et obligatoires, permettent au poisson de bien se développer et de rester en bonne santé. Cependant, à la longue, ils détruisent l’écosystème des milieux réceptacles, qui sont pour la plus part des cours d’eau. « À cause des produits chimiques présents dans la nourriture, les rejets, une fois dans les cours d’eau, détruisent toutes formes de vie et rendent inutilisable l’eau par les populations », analyse Ndeye Kébé. Elle y ajoute que même avec l’utilisation des aliments organiques, les déchets sont toujours présents.
Face à cet impact négatif sur l’environnement, l’Ana expérimente des fermes intégrées à Sangalkam, commune située à une trentaine de kilomètres de Dakar. « Elles consistent à associer un champ agricole aux fermes. Ainsi, l’eau est directement drainée dans les cultures pour les arroser », explique le technicien aquacole Pape Daouda Aidara. Contrairement à l’action dans les cours d’eau, cette eau est riche en matière azotée et se constitue en engrais pour les cultures.
Ndeye Kébé, loin se considérer comme une experte en la matière aquacole, estime que ce procédé, qui peut être logé dans l’aquaculture durable, est un autre moyen pour économiser de l’eau. Elle n’hésite pas de proposer une autre technique qui limite les rejets, « mais elle a un coup » précise-t-elle. Cette technique consiste à filtrer l’eau issue des fermes pour ensuite les réutiliser dans d’autres fermes piscicoles. Cette méthode fait aussi partie de l’aquaculture durable et est plus pratiquée dans les systèmes extensifs où la production est moindre par rapport aux systèmes intensifs.
En 2015, le Sénégal comptait 935 fermes aquacoles. Pour la plupart, elles sont logées dans les régions et non à Dakar à cause de la disponibilité foncière qui est plus facile dans les régions. Une meilleure reconsidération des pratiques aquacoles « qui nécessitent une formation préalable », précise M. Aidara, aurait plus de retombées positives sur les populations mais aussi sur l’environnement.
Dieynaba Thiombane
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