Dans un contexte de mondialisation et de croissance démographique galopante, la richesse agricole de l’Afrique et sa capacité à lui assurer une prometteuse prospérité économique propulsent l’agrobusiness au rang des secteurs stratégiques pour l’avenir. La montée en puissance de groupes locaux, la ruée des géants internationaux, et le pic d’innovation des jeunes pousses posent peu à peu les jalons d’une révolution.

D’ici fin 2020, la première usine de production de graisses végétales d’Afrique entrera en service. Logé dans la zone industrielle de Casablanca, le projet de 32,5 millions de dollars est le fruit d’un partenariat entre le marocain Cosumar et le géant singapourien Wilmar International. Très utilisées dans la conservation alimentaire, les 35 000 tonnes de graisses végétales annuellement produites permettront d’approvisionner les agro-industries d’Afrique du Nord et de l’Ouest et ainsi limiter leurs importations en la matière.

Par ricochet, cette usine devrait, en principe, mettre un coup d’accélérateur aux échanges intra-continentaux de matières premières puisque les graisses végétales sont généralement faites à base de cacao, mais aussi de coco, de palme ou de palmiste. Des matières dont les pays africains sont de principaux producteurs au monde.

Un marché aux gains potentiels énormes

Assimilée au pétrole à ses heures de gloire, la richesse agricole du Continent s’impose désormais comme une arme clé des pays africains pour relever les défis de l’avenir et conquérir les marchés internationaux. Une vision renforcée par les enjeux du réchauffement climatique et de la sécurité alimentaire dans un contexte de croissance démographique galopante de l’Afrique qui devrait abriter 2 à 3 milliards d’individus d’ici 2050, contre environ 1,2 milliard aujourd’hui. Résultat : un plus grand nombre de personnes à nourrir.

Or, le Continent importe en moyenne 35 milliards de dollars de produits alimentaires par an. En 2017, la FAO s’attendait à une hausse à 41,3 milliards de dollars, tandis que la Banque africaine de développement (BAD) prévoit une explosion de la facture à 110 milliards de dollars d’ici 2025, si les agro-industries du Continent n’améliorent pas leurs capacités de production. D’autant plus que selon les estimations de la Société financière internationale (SFI), les PME et petits exploitants qui saisissent cette opportunité, pourraient annuellement gagner jusqu’à 1 000 milliards de dollars à partir de 2030, grâce à la mise en place d’industries de transformation en substitution aux importations.

Tout ceci a conforté l’Alliance pour la révolution verte de l’Afrique (AGRA) en 2017 sur le fait que «la prochaine révolution du Continent sera agricole», ouvrant ainsi la voie à des activités d’agrobusiness beaucoup plus dynamiques. «Quand vous passer dans les rues et les grandes surfaces à travers le Continent, vous vous en rendez-compte : il y a quinze ans, vous ne trouviez que des produits de saison. Aujourd’hui, vous pouvez trouver des produits agricoles hors-saison conditionnés, séchés, valorisés. Donc, quelque chose est bel et bien en train de se produire», nous explique Birane Ndiaye, directeur de la Stratégie et du développement du groupe Sedima, ce géant sénégalais de l’aviculture qui, après s’être imposé sur le marché local, a réussi à se diversifier avant de lancer récemment son expansion régionale avec une filiale au Mali et plusieurs autres à venir, en Afrique centrale notamment.

Stratégies alignées

Une dynamique qui pousse donc les groupes africains et géants mondiaux à revoir leurs stratégies. Outre l’exemple de la future usine de graisses végétales de Casablanca, plusieurs autres projets sont en train d’être déroulés, comme les fermes rizicoles de Dangote au Nigeria. Le singapourien Olam, à titre d’exemple, rachète désormais des entreprises prometteuses et commence à privilégier certaines filières, telle celle de l’huile de palme. «L’Afrique reste un élément clé de la croissance, du succès et de la stratégie commerciale d’Olam. Notre nouveau plan stratégique propulsera l’organisation vers la réalisation de notre vision d’être “l’entreprise agroalimentaire et l’agrobusiness la plus différenciée et la plus rentable au monde d’ici 2040” en investissant dans les entreprises qui nous permettront de tirer profit du paysage changeant de la consommation», nous révèle le patron Afrique du groupe, Srivathsan Venkataramani.

Le marché est si prometteur que Sia, un spécialiste français de l’étude et vente de matériel pour l’industrie alimentaire va lancer des usines de production de lait, de crème glacée, de yaourt et margarine en Côte d’Ivoire, au Mali et en Angola.

Innovation et challenges

Dans ce contexte, les jeunes entrepreneurs ne sont pas en reste. Plusieurs initiatives à succès ont été données récemment en exemple, comme celle de Jessica Medza Allogo, ingénieure pétrolière de carrière reconvertie à l’agrobusiness au Gabon. Elle produit et commercialise des confitures fruitées haut de gamme sous la marque Les petits pots de l’Haut-Ogooué. Après avoir conquis les Gabonais, elle s’est lancée récemment à la conquête d’autres marchés africains. Au Cameroun, au Sénégal et au Rwanda, Flavien Kouatcha joue la carte de l’innovation avec sa startup spécialisée dans l’aquaponie.

Tous ces opérateurs ont l’occasion chaque année de présenter leur savoir-faire aux acteurs venus des quatre coins du monde au Salon international de l’agriculture du Maroc (SIAM), lequel rassemble aussi bien les acteurs de l’agroalimentaire que ceux de l’agro-fourniture ou de l’élevage. D’ailleurs l’agrobusiness était le thème de cette grand-messe il y a deux ans. «La force de l’agrobusiness est indéniable et la production agricole est le cœur de l’immense complexe agro-industriel. Elle intègre l’agriculture aux industries et services nécessaires à l’amont, tels les engrais, le matériel agricole, les banques, etc., mais aussi aux industries et services sollicités à l’aval, tels le conditionnement, le stockage, le transport, etc.», nous explique Jaouad Chami, commissaire du SIAM. «La sophistication du matériel, l’ajout des technologies, la composante durable… Voilà des ingrédients pour révolutionner une branche d’activité vitale», ajoute-t-il.

Les acteurs du secteur estiment toutefois que plusieurs challenges restent à relever. Particulièrement celui de la transformation, mais aussi celui de la sous-régionalisation des marchés qui permettrait un approvisionnement en matières premières plus efficace et moins coûteux pour les agro-industries. L’autre nerf de la guerre pointé, entre autres, par les professionnels reste l’expertise des ressources humaines dans le contexte d’une « agro-industrie africaine jeune». 

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