Pour ceux qui s'intéressent à l'agriculture en Afrique, le Salon international de l'agriculture (SIA) et le Sima, le Mondial des fournisseurs de l'agriculture et de l'élevage, qui se tiennent tous deux cette semaine à Paris et, en banlieue, à Villepinte, sont traditionnellement des rendez-vous incontournables. Et le cru 2017 ne le dément pas.

Des nouveautés majeures

Pour la première fois, précise Enselme Gouthon, secrétaire général  des filières café-cacao (CCFCC), le Togo a un pavillon au SIA, essentiellement aux couleurs du café et du cacao, aux 

côtés du Sénégal, de la Côte d'Ivoire et du Mali pour ne parler que de l'Afrique sub-saharienne. 

Ces trois derniers pays sont des habitués du Salon mais cette année, les pavillons, tous immenses, jouent la carte de l'innovation et de la modernité. Le Sénégal, en fait, en a deux, entièrement réorganisés afin que chacune des nombreuses sociétés et entités représentées, publiques et privées, soit plus  visible et clairement identifiable. 

La Côte d'Ivoire, quant à elle, a pour thème général cette année "Passion et ambition", avec deux pavillons aussi, l'un exclusivement dédié à l'élevage -à quand les vaches et zébus ivoiriens au SIA?- et l'autre aux produits, entreprises et organismes. Autre nouveauté ivoirienne qui attire  de suite l'œil : un box en verre, en plein milieu du stand. C'est La Boutique Paysanne qui propose "Les produits de chez nous, chez vous". Des 

produits allant du miel, au savon noir d'Afrique, au savon doux purifiant à l'huile de palme, au tamarin ou  karité, la poudre de gombo, etc. 

De son côté, le groupe agro-industriel Sifca qui, dans une formule "open", illustre le thème "Passion et ambition" en mettant en avant les métiers traditionnels et son rôle d'entreprise responsable.

La nécessité de territoires ruraux vivants

Mais l'Afrique n'était pas seulement dans les stands du SIA mais aussi dans les salles de conférence, notamment celle organisée par le Cirad et de l'Agence française de développement sur le thème de la nécessaire vitalisation des territoires ruraux, s'appuyant sur  l'ouvrage "Des territoires vivants pour transformer le monde" qui vient de paraître. 

Sur le podium, la réflexion s'appuyait sur des cas et témoignages tirés de la France, du Brésil, de Tunisie, de Madagascar mais aussi du Sénégal avec les aménagements de la Vallée du fleuve Sénégal, et de Côte d'Ivoire. Une dynamisation rurale, a souligné le ministre de l'Agriculture, Mamadou Sangafowa Coulibaly, qui aujourd'hui ne se conçoit pas sans partenariat avec le secteur privé et sans recourir à la méthode du bottom up, c'est-à-dire partir d'un produit ou d'une filière dans une zone donnée pour structurer et dynamiser cette dernière.

"Il faut que votre activité [en zone rurale, Ndlr.] impacte la zone dans lequel vous avez fait votre investissement. Il faut que tous ceux qui vivent autour de votre projet, comprennent qu'il y va de leur intérêt que votre projet prospère", a expliqué le ministre, avertissant cependant que "si, à terme, ils réalisent que vous faites des profits et que vous êtes le seul à en profiter, je peux vous dire qu'à un moment donné ils vont 

remettre en cause les engagements pris sur les terres."

Prenant l'exemple du Nigeria et de la question du partage de richesse dans les zones qui recèlent des gisements pétroliers, le ministre a souligné que, s'agissant de la Côte d'Ivoire, "autour des terroirs ruraux, il faut attirer le secteur privé" afin que les petites exploitations, qui n'ont guère de moyens, puissent voir leur accès au marché facilité. Mais il faut aussi créer un dynamisme global. D'où l'importance pour le ministère de l'Agriculture d'agir en "synergie avec nos collègues de la Santé de base, de ceux chargés de l'électrification, des pistes, etc", car "nous nous croyons qu'au lieu de décider de faire, ici ou là, un centre de santé ou une école, il faut partir d'une activité autour de laquelle on organise et on investit dans l'infrastructure socio-économique de base", a-t-il souligné. Et ceci appelle aussi à structurer les filières. 

In Vivo pas assez présent en Afrique

Comment dynamiser et structurer ce monde rural ? Par la coopérative, a, sans suprise, souligné Thierry Blandinières, directeur général de In Vivo, ce réseau de 220 coopératives, le premier de France, qui génère un chiffre d'affaires de 84 milliards d'euros. La coopérative, véritable success story de l'organisation agricole en France. "Une marque sur 3 en France vient des coopératives", a -t-il précisé, soulignant le modèle de démocratie et donc d'efficacité : "Dans la coopérative, le pouvoir de décision revient à l'agriculteur". La coopérative permet aussi de faire valoir la vie dans les villages et ainsi de jouer sur la différenciation des produits, grâce aux marques, au lieu de faire du volume à tout prix.

En Afrique, In Vivo "n'est pas assez présent", convient Thierry Blandinières. "Il y a un an, on a rassemblé les coopératives pour voir ce qu'on pouvait faire avec l'Afrique. Un modèle est à construire", a-t-il déclaré.

Pour Emmanuel Faber, président-directeur-général de Danone, "La maille du territoire -le territoire restant à définir- c'est la maille du changement". Ce d'autant plus qu'avec la croissance urbaine, la distance moyenne entre grandes villes s'est nettement contractée en dix ans, transformant ainsi la nature du couplage monde rural/monde urbain. 

L'Afrique, hôte d'honneur du SIMA

Côté Sima, l'Afrique était, tout simplement et officiellement, continent à l'honneur. Pour la première fois, un Sommet -SIMA African Summit- lui était dédié hier, 28 février, organisé par l'European Agricultural Machinery Association (CEMA). Un sommet qui donnait principalement la parole aux entreprises, fournisseurs de machinisme et équipement, l'Afrique ne se faisant entendre que par la seule voix du Sud-africain Theo de Jager, président de l'Organisation panafricaine des agriculteurs (PAFO, de son sigle anglais).

Résumant le postulat, Richard Markwell, président du CEMA et retraité de fraîche date (au 1er janvier 2017), de son poste de vice-président et directeur général Europe-Afrique et Proche Orient de Massey Ferguson et président d'AGCO en France, a souligné qu'il est urgent de développer l'agriculture en Afrique, que ce défi implique la mécanisation et que pour l'atteindre il faut une approche public-privé et adresser un nombre relativement important de nœuds.  Des nœuds qui se trouvent dans la réglementation qui souvent rend difficile l'importation de matériel ; dans l'accès aux financements et au niveau élevé des taux d'intérêts, obstacles à l'acquisition d'équipement même local ; dans l'insuffisance de la formation, de l'infrastructure et de l'environnement en terme de réparation du matériel, d'accessibilité aux fuels, lubrifiants, et autres ; dans l'instabilité politique et juridique. 

Le modèle du petit paysan, un piège à pauvreté

Quant à la question de l'"accaparement des terres", le Sud-africain -qui a connu la confiscation de sa ferme familiale à la fin de l'apartheid mais qui a rebondi, a rappelé qu'on ne peut pas développer l'agriculture sur le continent, sans s'attaquer au dossier de l'investissement foncier et trouver un modus 

vivendi. Et comme il  n'existe pas en Afrique de terre sans personne, a-t-il rappelé, il faut tenir compte des gens. "Trop d'investisseurs occupent de la terre et essaie de gérer les gens. Or, ils doivent aimer les gens avant de gérer la terre.

Les agriculteurs, quant à eux, doivent s'organiser, se regroupent, sans doute dans des structures qui devraient s'appeler autrement que des coopératives, notion trop ancienne et trop connotée. "Le modèle du petit paysan est un piège à pauvreté", a souligné Theo de Jager qui croit, comme beaucoup d'autres intervenants à la conférence mardi, que l'Afrique peut faire un saut générationnel dans l'agriculture comme le continent l'a fait dans les télécommunications. Contrairement à une idée largement répandue, il ne faut pas destiner à l'Afrique du matériel agricole basic mais au contraire du matériel perfectionné, comme celui utilisé ailleurs, pour rendre l'agriculture attractive, performante et profitable. 

"L'Afrique n'est pas assez sexy. Mais la rentabilité est sexy. Donc il faut que l'agriculture soit rentable", a résumé Theo de Jager.

 

 

commodafrica

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