A travers la récente mise en place d’une interprofession de la filière cola, la Côte d’Ivoire veut propulser cette spéculation non seulement en vue d’améliorer les revenus des producteurs mais également de promouvoir la consommation de la noix qui recèle des vertus insoupçonnées.

Les valeurs nutritives de la cola

Entre autres propriétés, la noix de cola est un astringent, un diurétique, possède des vertus aphrodisiaques et cardiotoniques. Elle est utilisée dans les industries agroalimentaire, pharmaceutique et cosmétique.

« La Côte d’Ivoire a la meilleure qualité de cola recherchée dans le monde appelée le Nitida », témoigne le président du conseil d’administration (PCA) de la Société des producteurs et exportateurs de cola (SOPECO), Baba Djabouet, le 25 février, à l’occasion d’une interview accordée à l’AIP à la 56ème édition du Salon international de l’agriculture de Paris (SIA 2019), au Parc des expositions de la Porte de Versailles.

Les propriétés astringentes, permettent une bonne circulation sanguine et atténue les migraines/céphalées intenses, assure M. Djabouet. Par sa propriété cardiotonique, la cola soutient tous les efforts musculaires en cas de fatigue. Elle a une propriété diurétique car nettoie tous les nutriments sales dans le sang. La cola est également utilisée comme aphrodisiaque car elle améliore les performances sexuelles. Elle atténue la fatigue physique, lutte contre la dépression, renouvelle les cellules mortes, améliore le transit intestinal, diminue totalement le taux de cholestérol dans le sang, traite les infections pulmonaires, l’insuffisance cardiaque…, soutient-il.

La traditionnelle dimension culturelle de la cola

De toutes les valeurs de la cola, celle se rapportant à la culture est la plus connue. Dans la tradition Mandingue, un peuple qui se retrouve dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest comme le Mali, le Burkina Faso, la Guinée, le Sénégal, la Gambie et la Côte d’Ivoire, la noix de cola sert plusieurs usages culturels.

Les Nordistes ivoiriens, notamment les Malinkés, réclament de la cola pour le cérémonial des fiançailles de leur fille, à la famille du futur époux. Lors du mariage, pour marquer l’union, une cola est scindée en deux, une part pour l’épouse et l’autre pour l’époux. Chez certains peuples de Côte d’Ivoire, par exemple dans le Sud-Ouest, en l’occurrence chez les Kroumen, les invités de marque se voient offrir de la cola, du piment et de l’eau, en guise d’accueil.

Selon Abdoulaye Dao, le délégué des exploitants agricoles de l’Office du Niger, à Ségou, au Mali, il y a d’autres utilisations faites de la cola notamment en ce qui concerne la dimension culturelle, en termes d’apport de respect, de baptême, de mariage. « Lorsque deux personnes sont en conflit, quand on partage la noix entre les deux protagonistes, ça résout le problème (…), on l’utilise pour réconcilier les personnes », explique-t-il.

A ne pas omettre, la dimension mystique

La science africaine chez le peuple mandingue fait beaucoup appel aux services de la cola. « Chez nous au Mali, on utilise la cola pour consulter. Pour les sacrifices, on demande différentes qualités de cola : marassa woro, so koun, dimi woro, woro woulén, woro gbè… », décrit dans un Bambara limpide, un Français, de race blanche, attiré par les noix de cola exposées au stand des coopératives ivoiriennes au SIA 2019. Et d’affirmer que toutes les utilisations faites de la noix de la cola (woro, en langue Malinké ou Bambara) ne peuvent être expliquées séance tenante.

Des valeurs à conserver, même avec la recherche

« Comment accentuer la recherche, améliorer la qualité », interroge M. Sako Sirima, conseiller du président de la Chambre d’agriculture du Mali, lors de la présentation de la filière par la Chambre d’agriculture ivoirienne, le 26 février au pavillon ivoirien. « Comme le plus grand désir des consommateurs reste l’aspect craquant, s’inquiète-t-il, il convient de faire en sorte de conserver cet aspect car plus la noix craque en la croquant, plus elle est fraîche et plus elle est prisée au Mali », insiste-t-il.

Les valeurs économiques de la cola

Une cabosse de cola (Archives)

Issue de la famille des Sterculiasé comme le cacao, la cabosse de cola compte environ 140 espèces dont deux qui sont répandues en Côte d’Ivoire, le Nitida et l’Acuminata. Le pays est le premier producteur et exportateur mondial de la noix de cola, avec environ 260 000 T commercialisées en 2017 pour un chiffres d’affaires de 150 milliards FCFA. Le prix moyen bord champ tourne autour de 500 FCFA/kg. Un hectare produit 3 à 3,5 T au début mais la production augmente au fur et à mesure que la plantation prend de l’âge.

Initialement une plante qui poussait de façon hasardeuse, le colatier est de plus en plus cultivé en Côte d’Ivoire, dans les zones forestières. « Aujourd’hui, avec la recherche, on se rend compte que la cola pousse au Nord parce que c’est une plante résistante », rectifie Flore Lago Kouassi, PCA de ‘’La Boutique paysanne’’. « Initialement, c’était pour l’aspect culturel, un produit de cueillette. De plus en plus, on se rend compte qu’il y a une énorme économie derrière. Au-delà de l’aspect culturel, on s’est rendu compte qu’il y a aussi l’aspect économique du point de vue des dérivés. La filière a évolué, petit à petit », poursuit-elle. Face à cette nouvelle donne, découle la nécessité de transformer la cola.

Le défi de la transformation de la cola

La transformation est considérée comme une solution pour les acteurs de la filière. En plus de la consommation de la cola fraîche, le PCA de la SOPECO s’est tourné depuis quelques années vers la transformation de la cola en poudre, en granulé, en huile, en assaisonnement et autres, pour permettre à tout le monde de pouvoir en consommer, connaissant ses multiples vertus. Pendant l’exportation au Burkina Faso, les noix se détériorent, brûlées par le soleil. Il a donc décidé de déshydrater les noix rejetées, les broyer pour les rendre en poudre afin d’en faciliter la consommation.

M. Djabouet présente ses noix transformées

Ainsi, pour éviter les pertes post-récolte, notamment les noix brûlées par le soleil lors de l’exportation dans la sous-région, Baba Djabouet propose de la cola en poudre, en granulé, en huile, en assaisonnement et autres. Installé à San Pedro, dans le Sud-Ouest ivoirien, Baba Djabouet a profité de sa présence au SIA 2019 -du 23 février au 03 mars- pour vulgariser la culture du colatier et rechercher des partenaires pour le développement de la filière, en pleine expansion.

Pour le moment, dit-il, les analyses n’ont pas encore été faites pour la consommation de la cola par les enfants, mais une étude est en cours. Toutefois, les personnes adultes la consomment sous forme de thé. Dans les cas d’arthrose, la poudre est utilisée en infusion. Elle est consommée aussi pour lutter contre l’anémie, asthénie physique et mentale, en boissons froides ou chaudes (thé, lait). Les granulés de cola servent en assaisonnement et la cola déshydratée, en infusion.

« On prend une petite cuillerée à café qu’on met dans de l’eau chaude, on peut y ajoute du sucre, du lait, et accompagner avec du pain. On peut l’utiliser aussi comme épice pour saupoudrer tous les aliments », recommande M. Djabouet.

Étendre la recherche pour obtenir d’autres produits dérivés

Pour donner une valeur ajoutée à l’économie de la cola, l’une des pistes consisterait à étendre la recherche en vue d’obtenir davantage de produits dérivés de cette culture. Le PCA de la SOPECO qui entendait vulgariser la culture, en venant au SIA 2019, sollicite des appuis financiers et matériels pour développer cette économie. La culture de la cola peut générer des emplois à des femmes et des jeunes, c’est pourquoi, déjà engagé dans la transformation, il souhaite également avoir aussi des conseils, des laboratoires qui peuvent faire des études pour obtenir d’autres sous-produits de la cola.

La cola provient des zones forestières mais spécialement celles de l’Afrique de l’Ouest. Le taux de caféine dans le Nitida est très développé si bien que les industries agro-alimentaires modernes les utilisent pour faire de boissons énergétiques ou tonifiantes. La cola passe également dans la pharmaceutique pour la fabrication de médicaments anti inflammatoires, ainsi que dans le cosmétique (rouge-à-lèvres, vernis, …) et dans le textile (teinture).

D’après la directrice de l’entreprise agro-alimentaire ‘’Les précuits GLP’’, Mme Coulibaly Alimata, il est possible de valoriser des sous-produits de la cola. « Avec les cabosses, on peut faire de la potasse. Avec la cola fraîche, on peut faire des jus, du sirop, des épices. (…) C’est une niche de valorisation qui est en ébauche ici », détaille la présidente du Réseau national des agro-transformatrices de Côte d’Ivoire. Elle ajoute que la valorisation des résidus peut donner des briquettes servant de combustible, de la teinture pour l’indigo dont la couleur demeure, même trempée dans du détergent.

La mise sur pied de l’interprofession, une aubaine pour la filière cola

La récente création d’une interprofession de la filière cola est de bon augure pour le secteur en Côte d’Ivoire. Précédemment unique produit de rente dont le contrôle échappait à l’Etat, la filière cola va connaître désormais une organisation et une structuration grâce au récent décret portant création de son interprofession, observe, le 26 février lors d’une communication au SIA 2019, Ibrahima Dosso de la Chambre nationale d’agriculture.

C’est à juste titre que le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER), à travers la Chambre nationale d’agriculture, a mis la cola en avant à la 56ème édition du Salon de Paris.

« Il n’y a pas de marché structuré en Côte d’Ivoire, si bien que le prix d’achat est fixé par les pays importateurs », souligne M. Dosso. Il affirme que le produit ne sort pas du pays par le canal habituel. « Les petits exploitants ont souvent du mal à vendre leur production parce que les prix sont fixés par les acheteurs », poursuit-il. Concernant le mode de collecte, les financements proviennent des investisseurs, les prix ne sont pas encadrés et sont fixés par les acheteurs (Burkina Faso, Sénégal), renchérit M. Djabouet.

Quant au président de la Chambre nationale d’agriculture, Bamba Sindou, il exprime sa gratitude au MINADER pour avoir œuvré à la signature du décret de création de l’interprofession. « A travers l’interprofession, l’Etat va regarder de plus près tout le processus : production, commercialisation, industrialisation. La loi sur l’interprofession est intéressante car elle met en rapport tous les acteurs, pour que la filière puisse continuer de survivre », se réjouit-il. Trois familles se trouvent dans l’interprofession, à savoir les collèges des producteurs, des commerçants et des transformateurs, explique Bamba Sindou qui y voit « une filière traditionnelle et d’avenir ».

L’histoire de la cola en Côte d’Ivoire 

En Côte d’Ivoire, la noix de cola est le premier produit agricole d’exportation. « Depuis le XIVème siècle, quand on parlait de commerce triangulaire, la noix de cola faisait partie des produits concernés. Partant du Sud vers le Nord, les marchands emportaient la noix de cola fraîche et la poudre de cola. Arrivés dans le désert, ils échangeaient ces produits contre de la poudre d’or. Les commerçants Berbères du désert avaient besoin de la poudre de cola pour consommer, afin de pouvoir parcourir tout le désert sans tomber malade, sans avoir faim », rappelle Baba Djabouet.

Des noix de cola fraîches

Aux dires du PCA de la SOPECO, de nos jours, la plus grande zone de production est le Sud-Ouest, à savoir les villes de San Pedro, Tabou et Soubré. Après cette zone, vient celle de l’Ouest, c’est-à-dire Man, Danané jusqu’à Zouan-Hounien. « Ensuite on descend progressivement vers le Sud (Agboville, Anyama) et on remonte un peu vers l’Est (Abengourou), puis vers le Centre-Ouest : Gagnoa, Daloa », précise Djabouet Baba. Dénommé ‘’cité de la cola’’, Anyama (Sud) n’est surtout qu’un marché de cette spéculation, ajoute-t-il.

« Il n’y a aucun pied de colatier au Nord, ça se limite seulement dans les zones forestières puisqu’il est de la même famille que le cacaoyer », répond le producteur – transformateur de noix, interrogé par l’AIP sur la présence de cette culture dans cette partie du pays qui consomme beaucoup la cola.

La Côte d’Ivoire compte des plantations traditionnelles (quelques pieds), individuelles (ne dépassant pas 2 ha) ou industrielles (plus de 5 ha). Mais, de plus en plus de personnes sont intéressées par la culture du colatier, assure M. Djabouet. Ses attentes consistent à vulgariser la culture du colatier, à booster la transformation de la noix pour avoir des marchés d’écoulement dans la sous-région ouest-africaine et en Europe car ce produit rentre dans la composition de beaucoup de produits pharmaceutiques, alimentaires et cosmétiques.

 

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