Rijal et Arafat de leurs vrai noms Pape Sidya Sène et Mamadou Sarr, leaders du groupe musical ‘’Ahlou Brick Paradise’’, bien connu du public Sénégalais, sont des jeunes engagés qui, depuis trois ans excelle dans l’agriculture. Auteur de deux albums intitulés ‘’Raise’’ et ADBD, ils exercent leurs activités agricoles dans la région de Kaolack plus précisément dans le village de Thiawandou où Ils cultivent le mil, l’arachide, les pastèques et les haricots. En marge de la préparation de leurs tournées de fin d’années, ils nous révèlent les raisons pour lesquelles ils se sont lancés dans ce domaine et bien d’autres questions qui demandent réflexion pour un développement durable. Entretien…

 

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans le secteur de l’agriculture alors qu’il existe d’autres domaines d’activités au Sénégal?

La plupart des pays qui ont une économie qui prospère le doivent en grande partie à une agriculture bien développée, donc nous pouvons en déduire que  la croissance d’un secteur primaire est indispensable pour prétendre au développement, surtout en Afrique. C’est dans ce souci du développement, sachant que nous sommes des jeunes citoyens sénégalais et que nous croyons beaucoup aux potentiels agricoles de notre pays, que nous avons décidé d’investir dans le domaine de l’agriculture.

En tant que jeune entrepreneur agricole, quel regard portez-vous sur le secteur primaire sénégalais ?

Dans sa globalité, il est encore très précaire car nous pensons qu’il reste énormément de progrès à faire dans la valorisation de toute la chaîne agricole. Pour faire de l’agriculture un moteur de développement économique il va falloir des interventions plus pertinentes de l’État, l’implication des jeunes dans ce secteur, et enfin éduquer le consommateur sénégalais afin qu’il donne plus de valeur aux produits locaux.

Quel jugement portez-vous sur le Plan Sénégal Émergent qui repose principalement sur l’agriculture ?

C’est une bonne initiative de la part de nos dirigeants, cependant il ne s’agit pas de juste un plan ou des idées, il faut des accompagnements, des formations, de la communication et des suivis. Il faut aussi des actions concrètes et une mobilisation du gouvernement ainsi que de la population pour arriver à faire de l’agriculture le socle du PSE. Aujourd’hui, beaucoup d’actions ont été posées dans le monde rural pour redynamiser certaines pratiques agricoles et décourager l’exode rural, mais il faut que le gouvernement trouve des solutions pour inciter les bailleurs, les jeunes entrepreneurs et même les sénégalais de la diaspora à considérer l’agriculture comme un levier économique et à investir dans le secteur. En mettant tous les atouts de notre côté, nous pourrons enfin prétendre à l’autosuffisance alimentaire.

En tant que jeune sénégalais, est-ce que vous pensez que les jeunes trouveront leur compte dans les différents projets mis en place par l’État pour le développement du secteur agricole ?

Bien-sûr. Mais à condition de mettre à exécution ces projets. De ne pas se laisser toujours berner par la théorie, et de pas les politiser toutes ces initiatives en laissant sous-entendre des slogans et autres banalités qui pourraient nous plonger dans l’amalgame. Notre constat c’est que l’État doit en quelque sorte éviter de cibler la clientèle politique afin de permettre à toutes les classes sociales de pouvoir participer au développement de ce pays.

Est-ce que vous pensez que le Sénégal peut atteindre l’autosuffisance alimentaire pour lutter contre le phénomène de la malnutrition ?

Avec une bonne politique de développement et un patriotisme inégalé c’est bien possible de franchir le cap. Il faut tout simplement éviter de parloter et de se mettre au travail sachant que cette malnutrition gangrène notre pays comme tant d’autres en Afrique. Essayer de motiver beaucoup plus la jeunesse qui, majoritairement caractérise la société, en les empêchant de quitter le pays. La jeunesse sénégalaise doit prendre ses responsabilités, et se mettre au travail. L’agriculture est une industrie à valoriser comme toutes les autres, elles demandent des ressources humaines, des ressources financières et des ressources matérielles pour qu’elle se développe.

Peut-on considérer l’agriculture comme une alternative afin de diminuer le chômage des jeunes ?

C’est l’une des principales solutions que l’agriculture peut apporter à notre pays et à l’Afrique en général. Prenez l’exemple de notre première campagne agricole, nous avions seulement investi la somme de 250.000 FCFA pour ensuite nous retrouvé avec un million de francs CFA. Nous avons eu à employer des cultivateurs qui grâce à notre projet ont pu quitter la situation de chômage.

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées dans vos campagnes agricoles précédentes ?

Notre principale difficulté, c’est le manque d’aménagement dans les champs vu les maigres moyens dont nous disposons pour payer des équipements à nos employés pour les protéger contre les serpents et autres reptiles qui sillonnent les champs. Pour le reste, nous savons que tout début est difficile mais par la grâce de Dieu, nous y arriverons car ce n’est qu’une question de temps.

 

Quel message lancez-vous aux jeunes pour les inciter à entreprendre dans l’agriculture ?

La jeunesse sénégalaise doit se décomplexer et éradiquer sa paresse. Il n’y a pas un métier qui vaut plus qu’un autre. L’agriculture aujourd’hui intéresse même les gens les plus aisés, et d’ailleurs une des plus grosses fortunes de notre continent a pu bâtir son empire financier grâce au secteur primaire alors il est temps pour nous les jeunes de nous réveiller. Regardez ! Les plus riches dans ce pays ont investi dans l’agriculture à l’instar de l’homme d’affaire M. Cheikh Amar qui doit toute sa fortune au secteur agricole.

 

Quelles sont les stratégies que vous avez mises en place pour faire passer ce message ?

Un artiste c’est d’abord quelqu’un qui a un message à transmettre, et nous en sommes pleinement conscient. Nous voulons utiliser notre art pour influencer la jeunesse sénégalaise et africaine à se conscientiser et à entreprendre davantage, que ça soit dans le domaine agricole ou dans un autre domaine. L’heure est arrivée, pour nous, jeunes africains de prendre nos responsabilités face au développement de ce continent. Nous avons sorti un album intitulé « C’est possible » et nous organisons des tournées dans des régions comme Tambacounda ou encore Thiès. Le thème de notre tournée c’est ‘’Tekki fi c’est possible’’ qui se traduit par « réussir ici c’est possible », et nous envisageons d’aller dans plusieurs autres régions, et pourquoi pas exporter notre musique, et par là, notre message….

 

Propos recueillis par Badou Nguer et Seynabou Diop

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