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Jessica Medza Allogo a changé de vie à cause d’un cadeau un peu trop encombrant. Quarante kilos de mangues offerts juste avant qu’elle reprenne l’avion pour Libreville, après plusieurs années passées comme ingénieur pour Total en Birmanie.
“C’est mon fruit préféré, mais impossible de manger tout ça. Cette énorme cargaison de mangues, qui avait voyagé d’Asie en Afrique, risquait de pourrir. J’ai décidé d’en faire des confitures.”
Aux mangues birmanes, viennent s’ajouter des fruits de la passion du Gabon, de la vanille de l’île Maurice et du rhum cubain. La première production des “Petits pots de l’Ogooué” est née.
Fin du premier épisode, celui de la carrière toute tracée dans l’industrie pétrolière. Jessica Medza Allogo, taches de rousseur, pointe d’accent canadien, rire communicatif, a vu le jour à Libreville il y a un peu plus de trente-sept ans. Mère psychoéducatrice québécoise, venue de Trois-Rivières, père haut fonctionnaire gabonais, études supérieures de l’autre côté de l’Atlantique à Polytechnique Montréal, puis dans une autre école d’ingénieur à Trois-Rivières pour suivre un cursus de génie chimique.
A peine revenue au Gabon, en 2008, Jessica Medza Allogo est embauchée illico au département “exploitation pétrolière” de Total. Elle travaille sur les sites offshores de la compagnie, tombe amoureuse d’un Américain d’origine guinéenne, lui aussi ingénieur dans l’industrie pétrolière. “On a eu un petit garçon, Malik, aujourd’hui âgé de 5 ans, mais on n’a pas encore eu le temps de se marier. J’ai été envoyée comme expatriée en Birmanie, lui en Angola, puis en Guinée. Il prépare maintenant un MBA à Georgia Tech à Atlanta. On arrive à se voir trois fois par an…”
Du pétrole aux confitures
Après son retour en Birmanie, donc, Jessica Medza Allongo retrouve sagement son poste à l’exploitation pétrolière de Libreville. Mais elle se met à fabriquer de plus en plus de confitures. Un jour, à une kermesse organisée pour la Journée de la femme dans un gymnase de Total, elle arrive avec une quarantaine de pots. “En une heure, j’avais tout vendu.” Le passe-temps devient une PME. La jeune femme recrute comme chef d’atelier un ami qui vient de perdre son emploi chez Sodexo. Le duo écume les exploitations agricoles de Libreville et de Port-Gentil, revient les bras chargés de cageots de fruits, achète des pots de mayonnaise qu’ils vident consciencieusement, impriment des étiquettes dans la cuisine, les remplissent de confitures maison qui mélangent plusieurs variétés de fruits, des épices, de l’alcool…
L’entreprise Les petits pots de l’Ogooué est lancée officiellement en mai 2016. Jessica Medza Allongo quitte son poste à Total un an plus tard. Aujourd’hui, elle est à la tête d’un atelier “où tout est artisanal et manuel”, qui emploie cinq personnes et a déjà écoulé plus de 14.000 pots dans les supermarchés et les restaurants du Gabon. Elle dit :
“Mon seul regret, c’est d’avoir appelé ma société Les petits pots de l’Ogooué, du nom du principal fleuve, emblématique, du Gabon. Je me rends compte que c’est un mot trop long et compliqué à l’international. Je ne pensais pas que mes confitures allaient aussi bien marcher.
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