L’agriculture sénégalaise a connu dans la passé un problème structurel lié à la baisse régulière de sa contribution au produit intérieur brut (PIB) alors qu’elle regroupe la majorité de la population. Elle était caractérisée par sa faible productivité et demeure fortement sensible à la volatilité des cours mondiaux des matières premières. En outre, le sous-secteur agricole et celui de l’élevage se caractérisent par une forte vulnérabilité face aux aléas climatiques et à la menace acridienne. Parmi les autres difficultés, il y a, entres autres, la vétusté des équipements, l’état de dégradation des infrastructures, la qualité des semences, les problèmes foncier et de financement, la raréfaction et l’épuisement des ressources (problème des biens communs), la surpopulation, le suremploi.

Face aux disfonctionnements et difficultés du système agricole, diverses politiques et réformes structurelles ont alors été mises en place : Depuis 1960, ces réformes sont initiées  par l’intervention de l’Etat à travers la Nouvelle Politique Agricole (NPA), la Politique d’Ajustement du Secteur Agricole (PASA) et -Lettre de Politique du Développement Agricole (LPDA) dans les années 1980 et 1990 respectivement, la Loi d’Orientation Agro-Sylvo-Pastorale (LOASP) en 2004, couplée avec la Politique Agricole de l’Union (PAU) définie au sein de l’Union Economique et Monétaire de l’Ouest Africain (UEMOA) ; le plan REVA (Retour Vers l’Agriculture) en 2006, la Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l’Abondance (GOANA) en 2008 ;  la Stratégie de Croissance Accélérée (SCA) à travers sa grappe « agriculture et agro-industrie » en 2008. Avec le gouvernent actuel et son vaste programme de Sénégal émergent, beaucoup de réformes et de programmes concernant l’agriculture continuent d’être mis en œuvre.

                 

Toutes ces politiques et réformes structurelles avaient pour objectif de rendre l’agriculture performante et  d’accroître durablement sa part dans le PIB. Car le secteur agricole est non seulement un levier de développement sûr mais aussi, toutes les données démographiques et structurelles semblent indiquer qu’il reste très certainement l’avenir économique du Sénégal d’ici à 2030.

La Population totale du Sénégal est estimée à près de 11. 197.100 habitants en 2005. Avec plus de 6 millions de personnes, la population rurale reste encore majoritaire (58,5% de la population totale). Toutefois, cette forte population semble être sous l’emprise de la Pauvreté : 57% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté et 75% des ménages pauvres résident en milieu rural. Or, L’économie rurale demeure, pour l’essentiel, agraire: 70% de la population rurale tire ses revenus de l’agriculture, un secteur à productivité stagnante dominé par de petits exploitants agricoles qui pratiquent principalement la culture non irriguée et l’élevage.

Avec une forte croissance de la population, le Sénégal se distingue par sa population active qui augmente année après année. Celle-ci est en âge de travailler et compte près de 6.694.260, soit 53% de la population. En milieu rural, on note un taux d’activité de 70%, avec une dominance de femmes. Ainsi la population active croit de 3,5% par an, avec 4% en milieu rural contre 3,4 dans les autres villes et seulement 1,6% pour Dakar. En plus de cette situation, la société fait face à un secteur formel et informel qui offre très peu d’emplois. Le Secteur agricole constitue le principal pourvoyeur d’emplois : 61,7%, soit 6 actifs sur 10.  Le secteur secondaire occupe 8,5% des actifs, soit moins de 1 occupé sur 10 et enfin le secteur tertiaire, (29,8%), soit 3 occupés sur 10. Il n’est pas étonnant de constater qu’aujourd’hui, le marché de l’emploi est dominé essentiellement par le secteur  informel. A cela s’ajoute une forte demande d’emplois pour des jeunes agriculteurs ruraux sans formation. Les importations alimentaires sont en hausse tandis que les  exportations agricoles en baisse.

Malgré toutes ces difficultés qui semblent annihiler le potentiel qui est propre à l’agriculture sénégalaise et à son avenir, la filière agricole occupe 10% de la production économique du secteur primaire. En effet Les produits agricoles représentent 20% des exportations totales, alors que les importations alimentaires absorbent 29% des recettes  totales en devises étrangères. Les exportations agricoles sont dominées (à hauteur de 50%) par les produits dérivés de l’arachide, suivis par le coton, les fruits et légumes et les cuirs et les peaux. Toutefois Il existe encore  une dépendance pour les approvisionnements en vivre du marché mondial, notamment le riz  qui garde 75% de toutes les importations totales de céréales.

                   

Au vu de cette esquisse démographique et compte tenu des nombreuses capacités qui se présentent pour le décollage et le développement de l’agriculture sénégalaise, tout semble indiquer qu’elle est l’une des filières porteuses de l’avenir économique du Sénégal. Toutefois, seule une bonne politique de développement cohérente permettra à l’agriculture de réaliser les objectifs qu’elle s’est fixée pour l’avenir à savoir : Nourrir les populations, assurer les revenus, créer des emplois, fournir des devises et gérer durablement les ressources naturelles.

Pour le moment, l’atteinte de ces objectifs bute à des obstacles contre lesquelles il faudra lutte irrémédiablement.  En effet, le Sénégal fait toujours recours aux importations pour nourrir les populations (riz, huile végétale, lait, sucre, volaille, bétail, blé, farine…) ; les revenus agricoles sont en baisse à cause de la crise filière arachidière ; les emplois créés ne permettent pas d’absorber le nombre de ruraux arrivant annuellement sur le marché de l’emploi.  En outre, les exportations horticoles sont encore relativement faibles, et le manque d’engrais et l’exploitation des ressources forestières et halieutiques continuent de saper les ressources naturelles que l’agriculture sénégalaise devrait pourtant préserver.

Dans le dessein de mieux se préparer aux défis de l’avenir  et permettre à l’agriculture de retrouver véritablement la place qui est la sienne dans le développement économique, le Sénégal devrait initier des  politiques d’aménagement du territoire plus favorables qui intègrent mieux les régions périphériques et le Sénégal de la sous région. En plus, il faudrait penser à associer les populations et leurs collectivités locales dans la gestion des ressources naturelles mais aussi booster le développement des activités rurales et des revenus non agricoles (exode/migration des unités familiales dispersées, éclatées, pluriactif,…)

Par ailleurs, quelques dynamiques positives en matière d’élevage (embouche ovine, bovine, lait) et le maintien d’une relative suffisance céréalière permettront d’assurer une meilleure stabilité dus secteur agricole dans l’avenir pour une meilleure diversification et  transformation des produits agricoles en milieux rural et urbain.

Ces initiatives permettront certainement au Sénégal de sortir de l’économie de traite arachidière et de l’impasse dans laquelle le secteur agricole semble s’être enlisé. Avec Une politique sous-régionale plus favorable aux productions locales et à leur transformation ; une plus grande efficacité des investissements publics pour attirer les investissements privés (investissements dans l’irrigation, routes, marchés, éducation, formation… ; et la réforme de la législation foncière, en octroyant des droits fonciers réels aux agriculteurs, l’avenir s’annoncera nettement plus radieux et les conditions socioéconomiques plus idoines pour une expansion sans faille du secteur agricole.

Papa Moussa SY

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